Action Syndical des Etudiants de Grenoble

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Contextualisation d’une marchandisation du savoir et de l’éducation.


Le LMD (Licence Master Doctorat), la Loi Organique relative aux Lois de Finances (LOLF, adoptée en 2001, qui change les modes de calculs de financement et de gestion des services publics, instaurant le passage d’une culture de moyens à une culture de résultats. Les programmes budgétaires sont établis en fonction d’objectifs chiffrés, d’indicateurs de performance et de réductions des coûts. Les suppressions de postes prévues par la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) dans tous les secteurs du service public, et plus particulièrement dans l'Éducation, en représentent une application directe) et la loi LRU (et ses extensions/conséquences : réforme des concours de l’enseignement, réforme du statut des enseignants-chercheurs, augmentation des frais d’inscriptions, gestion managériale des salarié-e-s de l’enseignement supérieur, suppressions de postes, plan Pluriannuel pour la Réussite en Licence, plan Campus, etc.) sont le reflet d'une vision marchande et utilitariste de l’éducation, bornée à un rôle de formation de main d’œuvre pour les entreprises du bassin économique local. A l’université, on parle désormais de « rayonnement international », de « pôles d'excellence »... Ces termes sont tout droit issus du champ lexical de l'économie et sont la marque d'un système de compétition généralisée.

L'un des grands « principes » du LMD, amplifié par la loi LRU, était la suppression du cadrage national des diplômes. En effet, même si Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, a affirmé son « attachement » à celui-ci, il n’existe plus dans la réalité. Le cadrage national des diplômes permettait une reconnaissance identique du diplôme sur le marché du travail, quelle que soit l'université dans laquelle il avait été obtenu. Désormais, chaque université et UFR déterminent les dénominations des enseignements dispensés, le nombre d'heures et les crédits ECTS (Système de transfert de crédit européen) auxquels ils correspondent. Et en fonction des UFR de chaque université, le diplôme peut être individualisé, par « l’annexe descriptive au diplôme ».

La disparition du cadrage national des diplômes favorise la compétition entre les universités. Dans la perspective de devenir un pôle d'excellence, et à cause du désengagement financier de l'Etat et de la loi LRU, une université doit désormais faire appel à un ou plusieurs financements extérieurs pour pouvoir fonctionner. Quatre autres sources de financement sont alors possibles : les entreprises privées, la hausse des frais d'inscriptions des étudiants, la vente ou location des bâtiments (qui peuvent désormais appartenir à l’université et non plus à l’Etat) et/ou le mécénat. La participation active des entreprises privées au financement des universités menacera l'indépendance de la recherche (en particulier la recherche fondamentale, déjà attaquée par la Loi d’Orientation Pour la Recherche et l’Innovation (LOPRI)) ainsi qu'au choix de formations proposées : disparition des filières « non rentables ». C'est déjà une réalité à Nice où l’UFR Arts, Lettres et Sciences de l’Homme a vu son budget réduit de 76 %).

L'augmentation des frais d'inscriptions renforce le système éducatif à deux vitesses : ceux qui peuvent se payer une université dite « d'excellence » et les autres (sans compter la sélection préalable dans l’enseignement secondaire ; un enfant d’ouvrier a sept fois moins de chance d’accéder à l’enseignement supérieur qu’un enfant de cadre). Par exemple, à l'université de Paris-Dauphine (autonome financièrement depuis 2004), les frais d’inscriptions en Licence et Master d’établissement ont explosé pour atteindre respectivement jusqu’à 1 500 et 4 000 €. D’autre part, l’insuffisance du système de bourses impose le salariat à un étudiant sur deux au cours de l’année universitaire. Or, un étudiant non-salarié a 81% de chance de réussir sa licence en totalité, contre 44% pour un étudiant salarié. Pour finir, les sélections sociales s’accompagnent de plus en plus d’une sélection pédagogique. L’université de Nice a montré l’exemple en mettant en place pour la rentrée 2009, six filières générales sélectives (sur dossier)... Le bac ne correspond alors plus au premier grade universitaire. V. Pécresse l’avait prédit : « l’autonomie permet toutes les initiatives pédagogiques » (France Inter, 24/02/09).

La mise en place des PRES (Pôle de recherche et d’enseignement supérieur), censée « accroître la visibilité et l’attractivité du système d’enseignement supérieur et de recherche français à l’étranger » et de le « rendre plus compétitif sur la scène européenne et internationale » (Valérie Pécresse, Sénat – Compte-rendu analytique officiel du 19 mars 2009), passe par la fusion de plusieurs établissements dans de nouvelles structures encore moins démocratiques (comme l'est le PRES Université de Grenoble), à une suppression de certaines filières (exemple pour le futur PRES Dijon-Besançon : cinq filières de Sciences humaines et sociales de l’université de Besançon vont être supprimées et se concentrer sur l’université de Dijon en 2011), à un renforcement de la flexibilité salariale et étudiante (qu’advient-il des étudiant-e-s n’ayant pas les moyens de se déplacer et/ou de se loger ?) et évidemment une orientation budgétaire vers les filières et recherches potentiellement rentables et considérées sur la scène internationale (classement de Shanghai).

 

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